La tension est montée. L’assistante sociale, face à nous, nous dévisage, et je me sens me dissoudre dans l’air ambiant. Julien, près de moi, secoue sa jambe de façon frénétique ! Ça m’énerve, mais je ne peux pas lui dire.
On vient de parler d’humanitaire, et elle de nous répondre que, quand on adopte, ce n’est pas pour faire de l’humanitaire, c’est pour fonder une famille, donner des parents à un enfant. (et un enfant à des parents, non ? Non ! Bon !).
Je me concentre un maximum pour tenter de rebondir sur un sujet moins dangereux. Que dire, que dire… ça ne vient pas, et je suis atterrée par ma réflexion.
Alors qu’elle nous posait la question :
« - Et donc, pourquoi souhaitez-vous adopter ?
Julien et moi avons énuméré ce que l’on avait répété dans la voiture avant de nous engueuler, je ne sais même plus à quel sujet, d’ailleurs.
Et puis, plus rien, nous n’avons plus d’idées, l’assistante sociale nous regarde, sourire au lèvres, sans rien dire.
L’enfer, cette attitude, il faut combler, vite !
« - Et puis, eh bien, c’est sympa de pouvoir offrir le bonheur à des enfants... malheureux, enfin, vous savez, de les aider, quoi…
Je m’embrouille, consciente que ce n’est pas génial, ce que je viens de dire, et en plus, pas clair du tout.
Le couperet tombe, confirmant mon angoisse :
- Si vous voulez faire de l’humanitaire, n’adoptez pas ! Parrainez ! »
Bouffée de chaleur. J’ai soudain 40° de fièvre. La jambe de Julien bat les records de vitesse. Il va décoller.
Et puis tant pis, je m’en moque, je laisse tomber, j’en peux plus, j’étouffe. 


On ira chercher un chien à la SPA!
- Désolée de vous pousser dans vos retranchements, vous comprenez, il faut mûrir votre réflexion ; déjà, je trouve que c’est bien (Ah ?), il y a encore des choses à affiner, mais vous êtes en bonne voie. Nous prenons votre deuxième rendez vous ? »

Dans les grands jardins du Conseil Général, il fait frais. Mes joues piquent. Passer de 40° à 15°, ça m’a fait un choc thermique. Du coup, je me venge sur Julien !
« - Ouais, t’as pas arrêté de dire n’importe quoi, et ta jambe qui bougeait tout le temps, ça me déconcentrait. Madame Marvel a dû le noter, ça va nous desservir !
- tu crois ?
- Sûr !
- Meuh non, tu te fais des idées, tout s’est très bien passé. Bon. C’est où la SPA la plus proche ? »